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au procès, les parties civiles prennent la parole pour témoigner de l’horreur

Plus de deux semaines après l’ouverture du procès de l’attentat du 14 juillet à Nice, le témoignage des parties civiles débute devant la cour d’assises spéciale. Jusqu’au 21 octobre, quelque 300 victimes ou proches doivent venir à la barre, raconter l’horreur de cette nuit du 14 juillet 2016.

Près de 300 parties civiles témoignent, à partir de mardi 20 septembre, à Paris au procès de l’attentat du 14 juillet à Nice, l’occasion de raconter au tribunal « l’atrocité » de ce qu’elles ont vécu, de « tourner une page » ou de « rendre hommage  » au défunt.

« Je vais essayer de montrer qui était Camille, ce qu’elle avait fait dans sa courte vie. Ce sera un hymne à la vie », assure Anne Murris, qui parlera de sa fille unique le 29 septembre, tuée à 27 ans par le Mohamed Lahouaiej -Le camion bélier de Bouhlel le 14 juillet 2016.

Le ressortissant tunisien de 31 ans a délibérément foncé dans la foule rassemblée sur la promenade des Anglais pour la fête nationale, tuant 86 personnes et en blessant plus de 450.

Depuis le 5 septembre, la cour d’assises spéciale de Paris a jugé huit prévenus, membres de l’entourage de l’assaillant ou soupçonnés de trafic d’armes.

>> A (re)voir sur France 24 : Thierry Vimal, père d’une victime de l’attentat de Nice : « Il ne faut rien attendre du procès »

Après avoir convoqué enquêteurs, experts techniques et traumatologues, le tribunal passe cinq semaines à entendre les parties civiles qui le souhaitent, 288 à ce jour.

Certains étaient présents sur la Promenade des Anglais le soir de l’attentat et ont été blessés ou traumatisés, d’autres ont perdu un ou plusieurs proches, parfois toute une famille.

« Atrocité des faits »

Ces dépositions permettront « d’avoir un point de vue plus humain sur ce qui s’est passé [le 14 juillet 2016]», après la projection jeudi dernier des images CCTV de l’attentat, observe Virginie Le Roy, avocate de 105 parties civiles, dont une quinzaine témoigneront.

« La parole des victimes dans un procès terroriste est essentielle pour se rendre compte de l’atrocité des faits », estime également Yves Hartemann, avocat d’une soixantaine de parties civiles.

« Je ne pense pas que je vais raconter la scène en détail », a déclaré Sophie Desvergnes, une musicienne qui a joué sur scène le soir de l’attentat. Elle entend « surtout parler de la suite », « dire aux juges, au public combien notre vie peut être transformée, [même si] Je n’ai perdu personne cette nuit-là, je n’ai pas été blessé physiquement. »

La bassiste éprouve une certaine « appréhension » avant de prendre les rênes le 6 octobre, mais ne pense pas que cela ravivera son traumatisme. « Les choses ne se sont jamais éteintes, elles sont là en permanence en moi ».

Le témoignage est généralement « salvant », notamment pour les victimes souffrant de troubles de stress post-traumatique, souvent confrontées à l’incompréhension des proches, explique à l’AFP Héloïse Joly, neuropsychologue à Nice, qui a évalué de nombreuses victimes de l’attentat et témoigné Vendredi au procès.

Témoigner, « c’est être reconnu dans le fait d’être traumatisé, et voir qu’on n’est pas les seuls à vivre ça, comprendre que c’est quelque chose de normal. C’est très déculpabilisant », ajoute-t-elle.

L’enjeu est différent pour les « endeuillés », explique Anne Murris, c’est « un travail contre l’oubli », pour « rendre hommage » à des êtres chers disparus « dans la solennité d’un tribunal ».

« Un exercice redouté »

« C’est un exercice que je redoute », confie la présidente du Mémorial des anges, consciente qu’à la barre elle redeviendra « la mère de Camille Murris, replongée six ans en arrière, quand je cherchais mon enfant [après l’attentat] ».

Certains ont écrit un texte au mot, d’autres ont pour l’instant des « bulles d’idées » en tête, comme Stéphane Erbs, qui évoquera le 30 septembre – « le jour de mon anniversaire » – sa femme Rachel, une des premières victimes de le parcours meurtrier de l’agresseur.

Le co-président de Promenade des anges, qui s’exprimera une seconde fois au nom de ses 400 adhérents, entend « mettre en lumière les belles choses que nous faisons dans l’association » – tutorat, sorties, équithérapie et stages. shiatsu – « plutôt que de se plaindre ».

Il a également prévu de s’adresser aux prévenus, notamment les trois poursuivis pour association avec des criminels terroristes, pour « leur dire que nous ne sommes pas naïfs, et que je ne crois pas à leur discours », affirmant qu’ils ne connaissaient pas les intentions de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.

A l’inverse, « je ne leur donne aucun affect, aucune pensée. Je n’ai même pas de colère envers eux », explique Anne Murris.

« Même si le chauffeur avait été au banc des accusés, pour moi ce n’est pas de la vengeance, puisque ceux qui sont morts ne reviendront pas », estime aussi la musicienne Sophie Desvergnes.

Avec l’AFP

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