Adèle Haenel livre un manifeste lesbien intimiste et politique dans sa première pièce « Voir clair avec Monique Wittig » sur la scène des Bouffes du Nord

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L’actrice deux fois césarisée a quitté le monde du cinéma en claquant bruyamment la porte en 2023.
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Les mains dans les poches, vêtue d’un grand costume gris boxy, Adèle Haenel arpente les rues. D’un regard anxieux et alerte, elle observe le public alors qu’il s’installe dans la salle. Elle s’accroupit, relisant ses notes avec une légère nervosité. Bien qu’elle soit une habituée du théâtre depuis longtemps, Voir clair avec Monique Wittigdonné aux Bouffes du Nord pendant cinq dates du 8 au 12 octobre, est sa première production. C’est aussi son premier texte.
A ses côtés, plus calme, la batteuse Caro Geryl, membre comme elle du collectif Damechevaliers, règle ses instruments. La scène est à peine surélevée : un grand tapis jonché de feuilles mortes, un feu de bois au centre. L’atmosphère est intimiste. « Nous sommes en réunion secrète, dans la forêt »Adèle Haenel se confie au public.
Sa liberté de création semble totale. Elle a donc choisi d’en faire un cercle de parole, où l’actrice expose au public les pensées de l’essayiste queer et militante du MLF, Monique Wittig. « Une pensée qui me redresse »explique l’ancienne actrice phare du cinéma français, lesbienne et féministe autoproclamée.
Sous la forme d’un long monologue ponctué par la musique jouée en live par Caro Geryl, Adèle Haenel se propose d’exposer, avec plus ou moins de pédagogie, la pensée de Monique Wittig. Pensée droitepublié en 1992 aux Etats-Unis puis en 2001 en France, constitue l’épine dorsale d’un texte d’un peu plus d’une heure, enrichi des réflexions d’autres essayistes contemporains.
Grande figure du féminisme matérialiste du XXe siècle, la Française Monique Wittig défend, comme le dit Adèle Haenel : « la lutte de la classe féminine pour la destruction même de cette classe ». Pour Wittig, « pensée directe »c’est à dire « pensée hétérosexuelle »divise le monde social en une binaire homme/femme – une construction sociale qui encadre l’oppression des femmes.
Une réflexion qui l’a amenée à écrire une phrase qui divise encore aujourd’hui : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes ». « Le lesbianisme est une enclave dans laquelle nous ne sommes pas constamment renvoyées à notre rôle de femme »précise Adèle Haenel sur scène. Le lesbianisme comme refuge donc, pour l’actrice qui, en 2014, avait fait son coming-out médiatique en direct lors de la cérémonie des César, son premier trophée en main, en glissant un « Je vous aime » à Céline Sciamma, directrice de Portrait de la jeune fille en feuavec qui elle partage alors sa vie.
Le texte est dense, sans doute encore en construction et pas toujours très clair. Adèle Haenel s’adresse à un public averti, familier avec des notions telles que « L’hétérosexualité comme construction sociale » Ou « l’aliénation des femmes en tant que classe sociale ».
« J’ai compris que les hommes et les femmes n’étaient pas de véritables catégories, et qu’il fallait les déconstruire. Pour cela, il fallait ouvrir l’esprit. » résume à sa manière Rhita, une jeune fille de 11 ans et demi rencontrée dans le public, sans doute la plus jeune spectatrice de la salle. « Bon, je n’ai pas toutes les références, mais c’était super intéressant »ajoute-t-elle. Le message semble donc passé, dans ses grandes lignes.
En 2023, l’actrice double césarienne, devenue figure du mouvement #MeeToo en France, a dénoncé, dans une lettre publiée par Télérama, « la complaisance générale de la profession à l’égard des agresseurs sexuels et, plus généralement, la manière dont ce milieu collabore avec l’ordre meurtrier, écocide et raciste du monde tel qu’il est ». Une lettre faisant écho à son départ indigné de la cérémonie des César après la remise du prix de la meilleure réalisation à Roman Polanski en 2020 pour j’accuse.
Depuis, Adèle Haenel a renforcé son engagement militant. On l’a vue en tête de cortège, sur des piquets de grève, ou plus récemment à bord de la flottille Global Sommud, en septembre, vers Gaza, pour dénoncer « le génocide en cours ». La pièce se termine par une minute de silence et un discours de la comédienne et des membres du collectif Damechevalier, en soutien au peuple palestinien. En février 2025, elle remporte son procès pour agression et harcèlement sexuels contre le réalisateur Dominique Ruggia alors qu’elle était enfant.
Pour celui qui semblait étouffer dans le monde du cinéma, Voir clair avec Monique Wittigcréé au sein du collectif féminin et féministe « à géométrie variable » Damechevalier, résonne comme un cri du cœur.
« Voir clair avec Monique Wittig », conception, lecture et écriture par Adèle Haenel. Conception sonore : Caro Geryl. Du mercredi 8 octobre au dimanche 12 octobre 2025 au Théâtre des Bouffes du Nord. Les 24 et 25 novembre 2025 au Festiv·iel, Théâtre de la Croix Rousse (Lyon). Les 4 et 5 février 2026 au CDN d’Orléans. 11 avril 2026 au Festival Guerrières, Mars, Mons Performing Arts, Belgique
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