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à Paris, une manifestation « contre l’extrême droite » bien moins rassembleuse qu’en 2002

RAPPORTS – Ce samedi 15 juin, la mobilisation parisienne contre le Rassemblement national se voulait apolitique. Elle ne rassemblait cependant guère de militants favorables au Nouveau Front populaire.

La France s’attendait à un événement d’envergure et mémorable contre le Rassemblement national. Mais finalement, la manifestation de ce samedi après-midi se résume principalement à des drapeaux palestiniens, peu de dégâts et une ambiance calme et morose, à l’image du ciel parisien. Une ambiance bien différente de celle vécue lors des mobilisations déterminées et flamboyantes de la réforme des retraites de 2023 par exemple, ou lors des « gilets jaunes » en 2018-2019. Au total, 75 000 manifestants sont descendus dans la rue selon la préfecture de police et 250 000 selon la CGT. Rien n’est comparable à 2002, où 400 000 personnes ont défilé à Paris et 1,5 million dans toute la France.

Dans la capitale, où le vote RN est traditionnellement très faible, les opposants espéraient conquérir les rues et faire entendre leur voix. Parti de la place de la République à 14 heures, le cortège a ensuite atteint la place de la Bastille avant de s’arrêter place de la Nation, vers 16 h 45. En tête du cortège, la patronne CGT Sophie Binet a tenté d’élargir la mobilisation en appelant à les électeurs de droite à rejoindre le mouvement. « Il faut tenir le coup et se souvenir (…) Quand on est face au fascisme, on se mobilise », a-t-elle déclaré, d’un ton confiant. En vain. Dans le cortège, les militants de gauche, en grande majorité, donnaient donc l’impression d’un meeting pro-Nouveau Front populaire. Avec leurs slogans : « Bardelle sortez-en, la République n’est pas à vous”, « Et la jeunesse fait chier le Front National »ou « Pas de quartier pour les fascistes, pas de fascistes pour nos quartiers ».

Une jeunesse mobilisée

Les jeunes étaient particulièrement présents. Le syndicat étudiant, la Fage, l’Unef, le mouvement des jeunes communistes et les jeunes écologistes ont rassemblé leurs forces. Rose, 18 ans, est venue faire campagne avec un ami. « J’ai entendu Sophie Binet expliquer que la mobilisation est une bonne occasion de montrer que nous sommes nombreux à ne pas vouloir de l’extrême droite au pouvoir. Il faut garder espoir », a partagé l’étudiant de Paris-1 Panthéon-Sorbonne. Un peu plus loin, Alice, professeur de littérature française à l’université Paris-4, se dit particulièrement inquiète pour son métier. « A l’université, on se sent très menacé par l’extrême droite où les étudiants musulmans n’ont pas le droit de venir habillés comme ils veulent », a commenté le professeur. Avant d’ajouter : « Les gens d’extrême droite détestent aussi les diplômés. Nous sommes vraiment une cible. Nous avons peur pour le statut de la fonction publique, pour nos collègues étrangers, pour nos étudiants. Nous voulons également jouer un rôle politique.

Le syndicat étudiant, la Fage, l’Unef, le mouvement des jeunes communistes et des jeunes écologistes étaient dans le cortège.
Wladimir Garcin-Berson / Le Figaro

Même ceux qui n’ont pas le droit de vote étaient présents. A commencer par Manès Nadel, figure du catch au lycée. «Le risque est réel que l’extrême droite arrive au pouvoir dans 20 jours. C’est important de faire du bouche à oreille, de mobiliser, d’en parler autour de soi, de convaincre », a estimé l’adolescent de 17 ans, vice-président du Syndicat des lycées. Antoine, 16 ans, souhaitait lui aussi accompagner ses parents, au lendemain de son baccalauréat français. «Je pense qu’il est encore temps de redresser la situation. Moi aussi, je veux montrer que je suis mobilisé”a-t-il confié.

Derrière l’adolescent, sa mère, Juliette, voyait dans ce mouvement un bon moyen de s’unir contre le RN. « Que les partis de gauche ne soient pas tous d’accord, qu’il en soit ainsi. Mais le plus important est de s’opposer de manière unie. », a-t-elle précisé, tout en regrettant que les différents membres du Nouveau Front populaire ne parviennent pas à parvenir à un accord intelligent. Juliette n’est pas la seule à être de cet avis. Plusieurs messages visant directement Jean-Luc Mélenchon ont été brandis par les manifestants. « Il y a un mouvement qui monte, et il jette tout ça par terre »», s’est agacé un participant, qui garde en gorge la purge des députés LFI sortants critiques à l’égard de la tribune de gauche, qui n’ont finalement pas été investis par le parti. On est bien loin de l’époque où, en 2022, les troupes insoumises réclamaient que leur chef soit élu Premier ministre. Pour certains, il est même devenu une menace pour l’unité et la victoire. « On dirait qu’il veut se suicider »» s’est étouffé le même manifestant.

Quelques étiquettes et dégâts

Malgré les balises « Bardella FDP (fils de pute, NDLR) » Et «Libérez Gaza» dessinés sur la colonne de Juillet sur la place de la Bastille ou dans les rues de Paris, et des impacts sur des vitres, les dégâts sont peu nombreux, comparés à ce qui a été observé lors des manifestations du « gilets jaunes » ou contre la réforme des retraites. Quatre personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police.

Place de la Bastille, des militants ont tagué « Bardella FDP (fils de pute, NDLR) ».
Emma Ferrand / Le Figaro

Si Sophie Binet de la CGT salue le « raz-de-marée populaire » suscité par cette manifestation, le combat est loin d’être gagné. Marylise Léon, la patronne de la CFDT, compte s’impliquer auprès de son syndicat « jusqu’au dernier jour des élections législatives »sans relâche, contre le programme RN, « basé sur le bris d’égalité. Nous ne pouvons pas l’accepter ». Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa, se prépare pour sa part : si le RN passe, « ils trouveront des hommes et des femmes » devant, prêt à « créer un rapport de force » pour défendre le « paix ». « Nous serons de farouches opposants à ce pouvoir »il a continué.

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Ray Richard

Head of technical department in some websites, I have been in the field of electronic journalism for 12 years and I am interested in travel, trips and discovering the world of technology.
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