A Paris, une librairie féministe et lesbienne perquisitionnée pour un livre pour enfants accusé de contester l’existence d’Israël

La librairie féministe et lesbienne parisienne Violette et Cie a été perquisitionnée en vue de saisir un livre de coloriage pour enfants accusé de remettre en cause l’existence d’Israël, a appris l’Agence France-Presse (AFP) vendredi 16 janvier auprès de son avocat, qui dénonce une « opération illégale et disproportionnée ».
Le livre en question s’intitule Du fleuve à la mer (« Du fleuve à la mer »), formule née dans les années 1960 au sein de l’Organisation de libération de la Palestine et reprise aujourd’hui, notamment par le Hamas. Elle est interprétée par certains comme une volonté d’éradiquer l’État juif, par d’autres comme un soutien pacifiste à la cause palestinienne.
Le 7 janvier, la librairie LGBT+ du 11e le quartier a été attaqué par « cinq policiers en uniforme, accompagnés d’un procureur de la République » afin d’entrer dans le livre de coloriage, détaille Violette and Co dans un communiqué.
“Pendant quarante-cinq minutes, la librairie a fait l’objet d’une fouille méthodique : rayons inspectés, cartons de livres ouverts un à un, réserves et salle de repos fouillées” par « des policiers en uniforme, les armes au ceinturon, filment la scène avec des caméras corporelles »poursuit la librairie.
“Une perquisition illégale”, selon l’avocat de la librairie
Si les policiers sont repartis bredouille, les livres ayant été vendus, le gérant a été convoqué au commissariat le 22 janvier dans le cadre d’une enquête préliminaire pour ” importer (…) publication destinée aux jeunes contenant des contenus dangereux pour eux en raison de leur caractère pornographique, illégal ou immoral »selon un document consulté par l’AFP. « Il s’agit d’une perquisition illégale, car elle n’a aucun fondement légal et qui est disproportionnée »dénonce Thibault Laforcade, qui représente la librairie.
A l’origine de l’opération, un avis défavorable à l’importation du livre rendu en novembre 2025 par la Commission d’encadrement et de contrôle des publications destinées à la jeunesse. Selon cette autorité, l’ouvrage publié par une société basée en Afrique du Sud « est susceptible d’inciter à la haine envers un groupe de personnes, à savoir la population israélienne ».
Mais, selon M. Laforcade, cet avis n’a pas été rendu public et seul un arrêté du ministère de l’Intérieur permet d’interdire la vente du livre. Interrogé sur son contenu, il le considère « c’est faux de dire qu’il s’agit d’un appel à la destruction de l’État d’Israël ».
De son côté, la librairie féministe dénonce des agissements qui pourraient s’apparenter à « police politique » et considère que cette recherche s’inscrit « dans un contexte plus large d’attaques répétées (…) cibler les librairies indépendantes ». La librairie Violette and Co a été victime de dégradations et de cyberharcèlement cet été.
Source | domain www.lemonde.fr




