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A l’Assemblée, les députés se tourmentent sur leur tenue vestimentaire

La tenue des députés agite les bancs de l’Assemblée nationale, opposant notamment La France insoumise et la droite. Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée, a rappelé lundi qu’une tenue « correcte » y était exigée, mais qu’elle refusait « d’exercer une police vestimentaire ».

Passes d’armes entre députés, demandes d’inscription à l’ordre du jour : le débat fait rage à l’Assemblée nationale sur… la tenue des parlementaires, une question qui devient politique entre La France insoumise (LFI) et la droite.

La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), a tenté, lundi 25 juillet, de lever l’interdiction, rappelant que les députés doivent porter une tenue « correcte », tout en refusant « d’exercer un code vestimentaire », faisant « confiance chez les parlementaires ».

Une « gauche sale et débraillée »

Depuis l’arrivée en force en juin des élus de l’alliance de gauche Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale), cravates et costumes sont moins de mise. Les jeans, les baskets, les costumes sur les t-shirts, voire les t-shirts unis fleurissent.

Le président (ex-Les Républicains) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), Renaud Muselier, a dénoncé la semaine dernière une « gauche sale, débraillée », s’attirant les foudres de ces élus moins favorisés socialement qu’avant, et qui prétendent être « à l’image du peuple ».

Le port de la cravate a déjà sérieusement reculé dans le monde du travail, et l’Assemblée, lieu pétri de rites et de conventions, se met peu à peu au pas.

Certains rebelles hésitent face à leurs responsabilités. Comme Éric Coquerel, président de la commission des finances, qui a porté l’attribut vestimentaire contesté pour le début des débats sur le projet de budget, avant de l’abandonner le lendemain.

Les attitudes à gauche tranchent avec celles des députés du Rassemblement national (RN), en quête de respectabilité institutionnelle et tous en égalité. « La culture du ‘paquet de nouilles’ et du ‘t-shirt de foot’, non merci ! », a prévenu leur dirigeante, Marine Le Pen.

Déjà en 2017, avec le débarquement des premiers députés insoumis, une révolution vestimentaire avait commencé : le bureau de l’Assemblée devait édicter officiellement le droit pour les députés de siéger sans veste ni cravate.

Ainsi, la tenue dans l’hémicycle « doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville », indique une consigne générale. Jusque-là, seule « une tenue respectueuse » était exigée et les agents de l’Assemblée disposaient d’un éventail de cravates à proximité de l’hémicycle.

Les tenues traditionnelles, comme le costume polynésien Lavalava de Moetai Brotherson, devenu école, ou la veste bretonne de Paul Molac, restent autorisées.

« Les vêtements ne font pas le député »

Ancien vétéran du Palais Bourbon, Éric Ciotti (Les Républicains) ne se résout pas au « sans-cravate ». « Le port du costume-cravate pour les hommes, au-delà de la nécessaire marque de respect due à nos institutions et à nos compatriotes, permet d’unifier visuellement la représentation nationale et de recentrer les débats sur ce qui compte vraiment : les arguments des uns et des autres » , a fait valoir le député dans une lettre à Yaël Braun-Pivet.

Le communiste Patrice Carvalho est apparu en 1997 sur les sièges rouges de l’Assemblée en bleu de travail mais avec une cravate, note Éric Ciotti, qui est questeur, en charge de la gestion de l’institution.

« On délibérera » s’il le souhaite mais « je pense que les Français nous attendent plutôt sur des sujets de fond », a répondu dimanche le titulaire du perchoir dans Le Parisien.

Le sujet tourne au bras de fer avec LFI. « L’habit ne fait pas le député », a rétorqué à Éric Ciotti le groupe de députés dirigé par Mathilde Panot, qui a également épinglé sa vision « anachronique » à l’heure où l’Assemblée compte 37% de femmes.

Le jeune Louis Boyard, 21 ans, a parodié la lettre du questeur, pointant « une forme d’arrogance vestimentaire et comportementale d’un nombre de plus en plus important de députés, notamment à LREM [La République en marche, parti renommé Renaissance, NDLR]LR et RN ».

Il a réclamé « l’interdiction des costumes à des prix indécents ». En effet, des frais dits de « représentation » peuvent être imputés sur les frais de mandat, mais le déontologue refuse ou limite les dépenses vestimentaires « manifestement déraisonnables ».

Dimanche, même Jean-Luc Mélenchon, de Bogota où il est en déplacement, s’y est rendu avec son commentaire sur son blog. « Les bons messieurs et les bonnes dames dénoncent nos comportements, veulent nous apprendre les bonnes manières et les bons vêtements. Ils ne le savent toujours pas : ces tenues qu’ils fustigent sont nos habits du dimanche », écrit le dirigeant de LFI.

Avec l’AFP

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