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A deux mois de la Coupe du monde, Noël le Graët, le « Menhir » du foot français, sur la sellette

Des dysfonctionnements en série, un président sur la sellette pour sa gestion et son comportement avec les salariés… la Fédération française de football et son dirigeant, Noël Le Graët, subissent une énorme pression depuis les révélations du magazine So Foot, qui ont abouti vendredi à l’occasion du lancement d’un audit par le ministère des Sports.

A deux mois de la Coupe du monde au Qatar, l’ambiance s’épaissit à la Fédération française de football (FFF). Homme fort du football français pendant plus d’une décennie, Noël Le Graët a dirigé la Fédération d’une main de fer et d’autorité grâce à son habileté politique avant la fin de son règne crépusculaire : déclarations polémiques, management contesté et comportements suspects.

Le troisième mandat complet du Breton à la tête de la FFF ressemble fort à un chemin de croix. A 80 ans, le « Menhir » semble fragilisé par une succession d’affaires qui concernent à la fois la gouvernance de l’instance qu’il préside depuis 2011 et des pratiques héritées d’un autre âge.

Le Graët a pour lui d’indéniables succès sportifs (finale de l’Euro-2016, Coupe du monde-2018), façonné par le solide tandem formé avec l’entraîneur Didier Deschamps, qui a permis de sortir les Bleus du trou noir après le traumatisme de Knysna. et la fameuse grève de l’entraînement lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.

Il a également rétabli les finances des « 3F », grâce notamment au contrat en or signé avec l’équipementier Nike, et développé la pratique des femmes. Mais le personnage a aussi ses zones d’ombre, comme ses projections hasardeuses pour minimiser, par exemple, le problème de l’homophobie et du racisme dans le football.

Le ministère des Sports lance un audit

Son cas s’est aggravé avec la parution dans le magazine So Foot, le 8 septembre, d’une longue enquête intitulée « Ma Fed va craquer » qui le présente, sur la base de témoignages anonymes, comme un dirigeant dépassé par les événements, ayant également un regard très discutable. comportement avec ses employés.

Selon le mensuel, Le Graët envoyait des SMS à caractère sexuel à des salariés de la FFF. La Fédération a mis une semaine à réagir en annonçant jeudi le dépôt d’une plainte « pour diffamation contre le magazine So Foot en raison des accusations gravement diffamatoires » de l’article.

Des accusations suffisamment graves qui ont poussé le ministère des Sports à lancer un audit vendredi. A deux mois de la Coupe du monde au Qatar (20 novembre-18 décembre), la pression est énorme autour de la FFF et de son dirigeant, dont le mandat s’achève théoriquement en 2024.

Issu d’une famille modeste des Côtes-d’Armor le 25 décembre, Le Graët s’est forgé un destin national depuis Guingamp, où il a fait fortune dans l’agroalimentaire, a propulsé l’En Avant du monde amateur à la Coupe d’Europe et a dirigé la mairie sous l’étiquette du Parti socialiste.

Tombé dans la marmite du football « à l’âge de sept ans », l’octogénaire a toujours gardé un pied en Bretagne et un autre à Paris, où il a pris la tête de la Ligue professionnelle dans les années 1990, avant de conquérir la FFF en 2011.

« Monstre politique »

C’est en tant que patron de la Ligue que cet ancien représentant de l’électroménager et de la hi-fi s’est imposé dans la France du foot, en assainissant la gestion des clubs et en se heurtant frontalement à Bernard Tapie au moment de l’affaire VA-OM. .

Ce « monstre politique », selon la formule d’un proche, a su tisser un réseau au-delà du cercle socialiste de ses débuts, offrant une ligne directe avec l’Élysée, de François Hollande à Emmanuel Macron.

Fidèle à l’État, dur avec ses adversaires, il est passé maître dans l’art des formules meurtrières, comme a pu le voir son prédécesseur à la FFF, Fernand Duchaussoy (2010-2011). « Il a été battu, ce gentil monsieur. J’ai beaucoup de respect pour lui mais d’où vient-il, là ? Un peu de naphtaline, non ? »

Le Graët, guéri d’une leucémie lymphoïde annoncée en 2018, n’est pourtant jamais loin de quitter la route, comme lorsqu’il estime que le racisme « n’existe pas ou peu » dans le monde du football. Sa déclaration aux allusions sexistes sur les Bleus qui « peuvent s’arracher les cheveux » tant qu’ils gagnent, a également fait des vagues.

Arrivé sur les ruines de Knysna, Le Graët est le bâtisseur de la deuxième étoile remportée par l’équipe de Didier Deschamps au Mondial-2018. Sous son magistère, la FFF s’est enrichie en reprenant le contrôle des droits marketing liés aux Bleus.

Le football féminin s’est également développé, avec une augmentation du nombre de licenciés, une visibilité accrue du championnat (avec Canal+ comme diffuseur et Arkema comme sponsor titre), même si l’équipe de France n’a toujours pas remporté le moindre titre international.

Le fondateur du groupe Le Graët (780 salariés), spécialisé dans la pêche, les conserves et les surgelés, peut fréquemment alimenter les gazettes de déclarations fracassantes, mais il se voit comme « quelqu’un d’assez réservé » qui « ne cherche pas l’actualité au coûte que coûte », comme il l’avait glissé à l’AFP. Bref, une forme d’anti-portrait.

Avec l’AFP

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