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« 4 000 grenades, un coup toutes les deux secondes »

Les violences policières ont-elles eu tendance à s’intensifier lors des manifestations de ces derniers mois ?

Depuis la loi travail et les gilets jaunes, c’est la fuite en avant. Nous abordons maintenant une nouvelle étape. Ce qui s’est passé à Sainte-Soline (lors du rassemblement contre le projet de méga-bassin le week-end dernier, ndlr) ce n’était pas quelques policiers fatigués, c’était tout un dispositif démesuré. Violence systémique. Une provocation délibérée de la part des gendarmes.

Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes : 6 000 manifestants, 3 000 gendarmes, 4 000 grenades, un coup toutes les deux secondes, au mépris des règles mêmes du ministère de l’Intérieur. Cela signifie qu’environ une grenade a été utilisée pour deux manifestants. Il ne s’agit plus de se disperser à ce niveau. Il ne s’agit pas d’un usage de la force strictement nécessaire ni proportionné, comme l’exige la doctrine policière. C’est une menace. Et c’est inacceptable.

Comment l’analyser ?

Soit c’est un fiasco du ministère de l’Intérieur, soit c’est délibéré. Dans ce cas, c’est une stratégie de tension, de peur. La veille de Sainte-Soline, Darmanin avait prévenu sur CNews : « Vous verrez des images dures. » Non seulement il savait vers quoi il allait, mais il en annonçait même le spectacle. Peine perdue.

Les grands médias ont abordé, pour une fois sans trop en attendre, la question des violences policières. Que celles-ci ne soient pas toutes contextualisées, qu’elles soient plus ou moins justifiées, c’est un fait. Mais nous avons entendu les sons, nous avons vu les images, les témoignages.

Nous avons découvert la débauche des moyens de répression et la brutalité qui va avec. Depuis les gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur et la police ont perdu la bataille de l’image. Ils ne peuvent pas interdire aux gens de filmer.

Alors ils choisissent la surenchère. Ils transforment les manifestations en lieux d’affrontement. Quand la police parle de la violence des manifestants, ne soyez pas dupe. Le niveau de violence est déterminé par l’institution.

A quelles fins ?

C’est un pari risqué. En Suisse, aux Etats-Unis, en Allemagne, dans de nombreux pays, les forces de l’ordre sont locales. En France, la spécificité est que chaque policier, chaque gendarme, porte sur son dos la mention « national ». Lorsque les manifestants les affrontent, c’est le rapport à l’État qui est en jeu.

Le ministère de l’Intérieur et les syndicats prétendent que la police est le dernier bastion de la République. Si la matraque est le dernier service public en état de marche, c’est que la République va très mal !

En 2005, après la mort de Zyed et Bouna, la banlieue s’embrase et la répression policière s’intensifie. Les quartiers populaires ont-ils servi de laboratoire ?

Cela voudrait dire qu’il y avait déjà l’idée, il y a vingt ou trente ans, de gérer les manifestations comme nous le faisons aujourd’hui. Je ne suis pas sûr. En revanche, ce qui ne fait aucun doute, c’est que les quartiers populaires ont servi de terrain d’entraînement. Et ce, avec une grande indifférence.

Existe-t-il des garde-fous contre cette dérive policière ?

Non. La police a fait une timide ouverture vers les sciences sociales au début des années 2000. Mais cette porte a été immédiatement fermée. Cette institution ne supporte pas le regard extérieur. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), censée être un contre-pouvoir, dépend du ministère de l’Intérieur. Le Défenseur des droits, qui est en principe l’interlocuteur des victimes de maltraitance, dispose de moyens dérisoires, comparés à la plupart de ses homologues en Europe.

A vous entendre, on se dirige vers un état policier ?

Les témoignages font froid dans le dos. Comment parler d’Etat de droit alors qu’il est à ce point bafoué ? Quand on matraque des gens qui, comme à Sainte-Soline, se soulèvent contre un projet contesté, sur lequel la justice n’a pas encore fini de trancher ? Les manifestants demandent le respect des procédures. Leur réponse violente est un grand renversement des valeurs…

Personne au sein de la police n’est ému par cette dérive ?

Oui bien sûr. Il y a des policiers mécontents. J’en connais quelques-uns. L’institution elle-même est également touchée par un phénomène de suicides de masse, dont certains trahissent une souffrance au travail, une perte de sens.

Quel rôle joue la justice dans cette période ?

Elle assiste la répression, malheureusement. Derrière les violences policières, il y en a une autre, plus tamisée, celle des tribunaux. Les récentes vagues d’arrestations massives sont appelées, par certains policiers eux-mêmes, le « PV Minority Report », en référence à ce roman de Philip K. Dick où les gens sont arrêtés avant même de commettre leur crime. .

Ces policiers savent qu’on leur demande d’accomplir des actes illégaux. Cet arbitraire policier s’accompagne parfois, on l’a vu, de propos salaces et racistes. Tout cela est pris en charge par le parquet, donc par le ministère de la Justice. Cela aussi fait partie du carnage de l’état de droit. Vous devez vous ressaisir.


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Cammile Bussière

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